Ces coupures qui interrogent

« Si vous souhaitez que votre voix compte, levez-vous ! »

Il ne s’agit pas ici du dernier appel d’un syndicat ou d’un parti politique de gauche, pas même d’une reprise d’un message de Stéphane Hessel (décédé il y a juste dix ans) ou d’Edgar Morin.

Cette phrase est la dernière de la pièce de théâtre : « Coupures », écrite par Samuel Valendi et Paul-Eloi Forget, tous deux metteurs en scène et acteurs dans leur création avec d’autres membres de leur compagnie « La poursuite du bleu« .

En latin, la dernière phrase, les derniers mots d’une œuvre se nomment explicit. Sans mauvais jeu de mots, il faut reconnaitre qu’ils sont ici forts explicites. Nous sommes dans du théâtre politique et plus qu’aux spectatrices et spectateurs, l’appel s’adresse aux citoyen.ne.s. Le public forme d’ailleurs l’assemblée citoyenne des habitant.e.s de la commune, dont le maire est agriculture, écologiste, et dans laquelle un projet d’installation d’antennes de nouvelle génération interroge les coupures entre élus et citoyens, entre vie militante, situation personnelle et difficultés professionnelles, les coupures entre la mairie, la préfecture et l’État, les coupures entre amis, membres de la famille, la coupure entre démocratie représentative et démocratie participative,les coupures entre plusieurs conceptions de l’agriculture et, évidemment, les coupures de réseau en territoire rural…

Avec dynamisme, rythme et grande intelligence, la pièce invite à s’interroger… En jouant plusieurs personnages, chaque actrice et acteur rappelle que tout n’est pas blanc ou noir, qu’il n’y a pas le simplisme d’un monde binaire dans lequel il suffirait d’« être gentils avec les gentils et méchant avec les méchants », mais que chacun.e porte ses ambiguïtés, est confronté.e à des choix souvent difficiles. La pièce ne tombe jamais dans le travers de donner des leçons… elle ouvre aux possibles et suggère, dès les premier mots (l’incipit cette fois), que c’est du débat collectif que peuvent naître les pistes de solutions :

« Bonsoir tout le monde. Vous allez bien ? Ça va ? C’est une vraie question, vous pouvez répondre. On peut interagir, c’est autorisé, c’est même pour ça qu’on est ici. Vous allez bien ? Merci d’être venus. Si nombreux. Je sais qu’il y en a parmi vous qui ont hésité à venir. Et c’est normal. Vous auriez pu faire tellement d’autre chose ce soir. Mais pourtant vous êtes là. On est tous là. Et c’est essentiel, non ? »

Écologie, technologie, démocratie, participation : « La poursuite du bleu » se veut « une fabrique de théâtre engagé et engageant ». C’est donc une pièce éminemment politique qu’elle propose. « Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi de faire du théâtre politique, je m’étonne simplement qu’on puisse imaginer un théâtre qui, aujourd’hui, ne le serait pas » affirme Samuel Valensi. Un théâtre impliqué, imbriqué, embarqué dans la vie, dans ses méandres, ses aspérités, ses contrariétés, ses complexités au sein desquelles les personnages, brillamment interprétés par les comédien.ne.s, mêlent humour et cynisme, sensibilité et mauvaise foi, interrogations et convictions.

Uns scène qui ressemble à si méprendre à notre monde et qui donc, sans nous guider, peut nous aider à mieux l’appréhender et le vivre.

————–

Le texte de la pièce « Coupures » est édité par l’avant-scène théâtre : https://www.avantscenetheatre.com/catalogue/coupures

La pièce est actuellement jouée au théâtre de l’Œuvre à Paris (jusqu’au 30 avril) : https://www.theatredeloeuvre.com/coupures/

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :