Très (trop) cher SNU

Parmi les dossiers (« de printemps ») qui devraient être mis sur le devant de la scène politique après la réforme des retraites, il y a la généralisation du SNU (service national universel) cher au Président de la République.

Cher, c’est effectivement ce que pointe également le rapport du rapporteur spécial de la mission « sport, jeunesse et vie associative » M. Éric Jeansannetas présenté le mercredi 8 mars 2023 devant la commission des comptes du Sénat.

Deux scénarios de généralisation sont soumis à l’analyse financière. Et les deux s’avèrent insatisfaisants.

Comme l’indique le tableau ci-dessus soit la généralisation du SNU se poursuit comme actuellement en dehors du temps scolaire ce qui implique un nombre très élevé d’encadrants (entre 39 375 et 52 500) ainsi que de lieux d’accueil (entre 2 100 et 2 800) sachant que ceux-ci sont assez rares et appartiennent souvent à des propriétaires privés. L’autre hypothèse, privilégiée par le gouvernement, consiste à introduire cette nouvelle obligation dans le temps scolaire. Au-delà des aspects légaux que peut entrainer une telle mesure (aucun séjour avec hébergement ne peut actuellement être considéré comme obligatoire), l’étalement sur l’année permettrait un nombre moindre d’encadrants ((en 14 000 et 16 153) ainsi qu’un plus faible besoin en centres d’accueil (entre 748 et 862). En revanche, il viendrait grignoter deux semaines de temps scolaire difficilement acceptable dans un programme déjà chargé et des emplois-du-temps saturés.

Interrogés par le rapporteur spécial, des représentants de l’éducation populaire ont également préférer « le scénario d’une généralisation sur le temps scolaire à celui d’une généralisation hors temps scolaire, dans la mesure où ils n’ont pas vocation à « prêter » du personnel sur des périodes courtes ». Or il s’agirait là de professionnels de l’animation, filière aujourd’hui à la peine et nécessitant donc, comme le met en évidence le rapport, « plusieurs années pour être opérationnelle, et son coût serait important ».

La véritable question d’un tel investissement reste bien entendu l’objectif d’un tel service national universel obligatoire. Trois indicateurs sont assez révélateurs des résultats de l’expérimentation :

  • Alors que 50 000 jeunes étaient attendus, seuls 32 416 s’y sont inscrits et environ 20% se sont désistés
  • 33% des jeunes ayant effectué le SNU ont au moins un de de leurs parents appartenant à des corps en uniforme (alors que ceux-ci ne représentent que 2% de la population générale)
  • Parmi les jeunes ayant participé à un séjour de cohésion en 2022 seul 5% environ étaient issus des quartiers prioritaires de la ville (QPV).

Qu’en déduire ?

Un triple échec. Les jeunes ne sont pas majoritairement volontaires pour le SNU, une minorité y voient un supplétif au service militaire et la mixité sociale n’est pas au rendez-vous.

Avant donc de vouloir généraliser, le président et le gouvernement seraient mieux avisés de repenser leur copie. Sinon la généralisation des séjours de cohésion risque d’être le déclencheur d’une farouche opposition de la jeunesse et d’un renforcement d’une fracture déjà sensible.


Le rapport du Sénat : http://www.senat.fr/rap/r22-406/r22-406.html

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